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L'art d'église constitue une large part de son activité ; un patrimoine en train de dépérir sans qu'on s'en rende compte. D'ailleurs, les anecdotes comme celle-ci foisonnent : « Je suis allé évaluer une restauration dans une église du coté de Joliette : une grande toile de Rioux datée 1890, débarrassée de son cadre et du châssis sur laquelle elle était tendue, collée directement sur le mur à l'arrière de l'autel. Par la suite, l'œuvre a été entièrement recouverte de plâtre et de couches de peinture commerciale… en 1975 et 1992 ! Résultat du grand ménage des messes à gogo où on a tout sorti des églises sans trop savoir pourquoi. Sauf qu'aujourd'hui, on fait des pieds et des mains pour retrouver ces trésors. Du grand burlesque, quoi ! »

Fondation du Domaine Joly de Lotbinière, tableau 18e siècle,
huile sur toile, 103 cm H x 142 cm L

Or, son expertise ne connaît aucune limite. Il s'adonne tant à la restauration de peintures prestigieuses qu'il revoit parfois dans les maisons d'encan comme Sotheby, qu'à la petite toile naïve du grand-père, souvenir sans prix pour l'arrière-petit-fils à la recherche de ses ancêtres. Parmi les défis les plus délicats déjà relevés, notons Le jugement de Paris, une toile du 16e siècle de l'École de Rubens. Ainsi qu'une immense fresque : Christophe Colomb à la cour d'Espagne, du peintre polonais Brozik (1889), évaluée à plus d'un million de dollars, propriété du Manoir Richelieu.
 
Et la relève dans tout cela ?
« Les peintres qui se destinent à la création entretiennent un certain dégoût pour ce genre de travail méthodique, où toute toile est un cas d'espèce avec ses problèmes particuliers », déplore l'artisan. En effet, la stabilité des matériaux est essentielle. Le problème des restaurateurs est dû à la disparition progressive de matériaux naturels. La réversibilité est une exigence. Toute solution apportée doit être provisoire, elle prolonge la vie de l'œuvre, mais ne la rend pas éternelle. Les matériaux ajoutés doivent pouvoir être enlevés sans risque. Un défi de taille, donc.
 
Mais la restauration de tableaux est aussi ancienne que la création artistique. Pendant des siècles, les peintres retouchaient les œuvres de leurs prédécesseurs pour les mettre au goût du jour, ou pour les adapter aux exigences du décor. Aussi, ce n'est qu'au 18e siècle qu'est née la restauration et la distinction entre le peintre et le restaurateur.
 
Une frontière que Carol Poulin, l'artiste, dépasse allégrement dans ses œuvres. « Au lieu de me restreindre dans mon art, la restauration m'amène une autre liberté quand je peins. Je prends des risques comme jamais auparavant. » Ses fort beaux dessins récents aux métamorphoses mouvantes, à la limite du concret et de l'abstrait, nous viennent peut-être des mondes oubliés dont ne se souviennent que les poètes, les enfants et les peintres à la recherche des œuvres perdues.

Michel Bois «Le Soleil»